Les bâtiments du château s'organisent autour d'une cour
rectangulaire. La demeure seigneuriale, fermant
le côté nord de la cour, fut vraisemblablement édifiée vers 1630-1640. La
porterie, l'entrée principale, se compose de deux portes
cavalière et piétonne, s'ouvrant sous des arcs cintrés aux moulures gothiques
de la fin du XVe siècle. L'entrée de la cour est gardée par une tourelle
ayant certainement un rôle défensif. Un escalier à vis conduit au dernier
étage.
Le donjon, tour ronde située à l'angle nord-est
de la cour, est accolé à la demeure seigneuriale, il était la partie la
plus importante du château médiéval. Il est daté du XVe siècle et certaines
bases au XIIIe siècle. L'escalier permettant l'accès aux différents étages
et à la terrasse est logé dans l'échauguette qui lui a été accolée dans
la première moitié du XVIIe siècle. Elle est coiffée d'une toiture en forme
de casque sommé d'un épi de faîtage en poterie de Nehou. La base de cette
tourelle présente un décor typique de la Renaissance.


Le logis seigneurial fut édifié vers 1630-1640.
Il se compose d'un pavillon central en saillie sur ses deux façades au toit
à "l'impériale", renfermant un escalier à double volée droite séparé par
un mur plein dont les marches sont en granit. Il est flanqué de deux grands
corps de logis de volume légèrement différent. Le logis principal de Crosville
est très représentatif de cette architecture bas-normande de la période
Henri IV-Louis XIII, où s'amalgament les traditions gothiques, les acquisitions
de la Renaissance et les nouveaux principes du Classicisme.
La salle d'apparat : elle est située au
premier étage et se caractérise par une remarquable décoration picturale.
Longue de dix mètres et large de huit, elle est abondamment éclairée par
quatre grandes fenêtres à meneau et traverse. Ces peintures se situent sur
le plafond à la Française mais aussi sur une frise murale courant tout autour
de la pièce, ainsi que sur les deux portes placées en enfilade. Elles sont
complétées par des figures d'Atlantes peintes à même le mur de part et d'autre
des fenêtres. Des motifs figurent également dans les embrasements des fenêtres.
Les pans de murs restants reçurent des tapisseries "peintures de laine".


Le programme iconographique du plafond et des portes dérive
essentiellement des Métamorphoses d'Ovide. Sur les poutres,
les scènes prennent place à intervalle régulier dans des médaillons ovales,
encadrés de grisailles à motifs de feuillages, de draperies, de masques
et de putti facétieux. L'auteur de la plupart de ces peintures est inconnu
mais sa manière semble laisser penser qu'il s'agit d'un peintre d'origine
italienne. Leur datation serait effective au XVIIe siècle.
La cheminée monumentale en pierre de Valognes au décor
héraldique sculpté et peint, aux armes de Crosville (d'argent à la croix
de gueule engrêlée), a été martelée à la Révolution. L'intérieur de la
cheminée comporte latéralement deux petits fours qui servaient à mettre
certains plats à mijoter. Le sol est pavé de pierres de Valognes hexagonales.
Des cabochons bleus viennent égayer ce dallage. Les nombreuses autres
salles comportent de belles cheminées et quelques lambris d'époque Régence.